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Les médias nous dépeignent les difficultés de l’industrie du commerce au détail. Il est vrai que les fermetures de Future Shop, Target, Jacob, Mexx et bien d’autres frappent l’imaginaire. Si ces entreprises ne peuvent survivre, quelles sont les chances pour le petit détail de mon quartier ? Vous serez surpris d’apprendre que le commerce au détail se porte plutôt bien. En 2014, il s’est créé 4 000 emplois et nos détaillants québécois ont vendu 3M$ de plus que l’année précédente.  

Dans la cadre du Colloque Croissance et Performance du 10 et 11 novembre prochain, j’ai eu la chance de m’entretenir avec M. Léopold Turgeon, PDG du Conseil Québécois du commerce au détail (CQCD). Je lui ai adressé quelques questions sur son impressionnante carrière et sur les enjeux dont les détaillants font face en 2015.

Avant de se joindre à l’équipe du CQCD, M. Turgeon a œuvré 27 années chez Loto-Québec. Je lui ai donc demandé quels ont été les plus grands défis d’adaptation. «Je pense que le plus grand défi fut d’obtenir une connaissance générale dans plusieurs domaines ou sujets que je n’avais pas nécessairement touchés. Je pense notamment aux questions de la langue française, des heures d’ouverture et de la législation entourant le commerce de détail. Des cours 101, j’en ai eu plusieurs,» me dit-il en riant. Il poursuit en m’expliquant qu’il devait obtenir une foule de connaissances. « Être le porte-parole d’un secteur névralgique n’est pas si évident, il a fallu que je fasse mes devoirs. Le commerce de détail représente un dollar sur trois de l’économique Québécoise, c’est donc un secteur économique très important. Toutes les connaissances que j’ai acquises font de moi un meilleur porte-parole, » m’explique M. Turgeon.

 

Le commerce en ligne

Rapidement, nous sommes tombés dans le vif du sujet. Je ne pouvais pas passer à côté de la question du commerce en ligne. Les commerçants du Québec sont-ils en retard sur les différentes plateformes de commerce en ligne ? « Effectivement, nos détaillants ne se sont pas approprié suffisamment les technologies. Il faut toutefois comprendre pourquoi ils sont en retard. 90% des entreprises au Québec comptent moins de 50 employés. Ce qui veut dire qu’ils ont peu de moyens en ressources humaines et financières pour envisager cette avenue qui est pourtant tellement prometteuse. Quand les détaillants vont prendre conscience qu’il existe des solutions simples pour les petits détaillants à de petits prix, le Québec fera un pas de géant. C’est un très gros travail d’information,» m’informe-t-il.

Maintenant que les causes m’étaient mieux exposées, je lui ai demandé s’il y avait des solutions afin que les détaillants se tournent vers le Web. «Les petits détaillants ont besoin de trois éléments : de l’information, de la formation et de l’encadrement. Ils n’ont pas besoin de beaucoup plus pour se tourner vers le Web. C’est notre travail de le faire. Ça ne prend pas de solutions miracles. Les solutions existent, il faut mettre en commun les gens qui ont les solutions et les détaillants. Pour ce faire, nous aurons besoin d’organisations neutres, nous ne voulons pas d’entreprises dont l’objectif numéro un est de faire des profits mirobolants. Ces entreprises qui chargent le gros prix à l’heure font partie du problème,» manifeste M. Turgeon.

Qu’en est-il du commerce international ? « Je souligne chaque mot lorsque je parle de ce sujet ; jamais dans l’histoire, un détaillant n’aura autant la chance de percer le marché international en s’appropriant les technologies. Frank & Oak est un excellent exemple. Il faut que le produit soit évidemment différent et qu’il amène une valeur ajoutée aux consommateurs, mais l’opportunité n’a jamais été aussi présente que maintenant,» me mentionne-t-il en ralentissant son débit de parole afin de me démontrer l’importance qu’il porte à ce sujet.

 

De grands investissements

Les investissements du Fonds FTQ pour Souris mini et Rudsak se sont produit quelques jours précédant l’entrevue. Je me suis fait un devoir de lui demander si ce genre d’investissement est une bonne indication pour le commerce au détail ? « Le Fonds n’investit pas pour le fun. Il investit pour faire de l’argent. Ce serait absolument formidable que d’autres organisations comme le Fonds puissent supporter des entreprises, car il s’agit d’une indication claire de la santé du commerce au détail. Il y en a des entreprises qui vont bien. Prenez par exemple Surmesur, Aldo, Couches-Tard, Simons, Empire ou d’autres, ce sont de très belles entreprises. Il y en a beaucoup comme celle-là qui vont très bien. J’espère que d’autres organisations, le gouvernement y compris, vont nous prendre au sérieux et constater enfin que nous sommes des grands contributeurs à l’économie du Québec,» me dit-il. 

 

L’avenir au Distribution aux consommateurs

Depuis quelques années, il me semble avoir un contraste important entre l’évolution du commerce en ligne et la grandeur des centres commerciaux, des grandes surfaces et des mégacentres. Avons-nous vraiment besoin de show room aussi grand si nous magasinons de plus en plus sur le Web ? « Ces formules évolueront avec le consommateur. Les grandes surfaces vont probablement avoir tendance à diminuer en superficie. Le phénomène est d’ailleurs déjà commencé. Wal-Mart qui opère normalement sur des superficies de 200 000pi2, expérimente présentement des superficies de 4 000pi2, ce qui est considérablement plus petit. Nous verrons aussi des regroupements d’entreprises pour diminuer le coût des baux commerciaux. Les commerces seront toujours là où le consommateur le veut. En bout de ligne, le consommateur est le décideur,» répond-il. Le Distribution aux consommateurs et les comptoirs Sears étaient vraisemblablement à la mode de demain sans trop le savoir !

Finalement, comme tous les conférenciers avec qui je me suis entretenu dans le cadre du colloque, je lui ai laissé le mot de la fin. Pour M. Turgeon, le plus gros enjeu pour le commerçant est l’écoute du client. «Il faut toujours être là où le client se trouve, car il évolue rapidement,» conclu-t-il.

 

Étienne Larivière

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