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Vous le savez, vous vous en attendez, vous serez obligé d’attendre vingt ou peut-être même trente minutes avant de tenir enfin un cornet trempé dans votre chocolat favori. Les initiés ne se décourageront jamais devant la file qui tourbillonne autour des boutiques puisqu’ils ont si hâte de vivre l’expérience Chocolats Favoris. Cette attente fait partie d’un certain rituel qui fait le charme de l’endroit et de l’expérience.

 La recette est bien la leur. Et quand je parle de recette, je ne parle pas uniquement du chocolat, mais bien de l’ensemble de l’œuvre. Vous ne le saviez peut-être pas, mais Chocolats Favoris est une entreprise qui existe depuis 1979. Elle fut fondée à Lauzon sur la rive sud de Québec. Créer un succès provincial et même mondial avec un produit régional est coup de maitre, vous en conviendrez.

Dans le cadre de la préparation du Colloque Croissance et Performance 2015 de Québec, j’ai eu la chance de m’entretenir avec Charles Auger, associé et vice-président production chez Chocolats Favoris. Je lui ai posé quelques questions sur son parcours, sa vision de l’industrie et de l’entrepreneuriat ainsi que sur le succès de Chocolats Favoris.

Du popcorn au chocolat

Avant de devenir associé chez Chocolats Favoris M. Auger fut président, propriétaire et directeur général du IMAX des Galeries de la Capitale. Je voulais connaître quels étaient les plus grands défis de son passage entre les deux entreprises. «D’abord, lorsque je suis devenu actionnaire de Chocolats Favoris, je me joignais d’office à l’équipe en tant qu’employé tout en restant propriétaire du IMAX. Il a donc fallu que j’apprenne à déléguer et à faire confiance encore plus qu’avant. Ce n’est pas toujours facile de ne plus être présent dans les décisions «day to day» pour lesquelles tu prenais part depuis plus de 10 ans. Du côté de Chocolats Favoris, c’est évident qu’il y a eu beaucoup d’adaptation. Il faut s’adapter à une nouvelle culture d’entreprise qui, rappelons-le, possède 35 ans d’histoire. Tu ne peux pas arriver comme ça et vouloir montrer ta façon de faire aux autres. Il faut s’adapter, c’est donc beaucoup d’apprentissage. Toutefois, ce sont deux industries qui se ressemblent, c’est-à-dire que les deux entreprises travaillent dans le divertissement, le loisir et l’expérience client » admet M. Auger.

 

Se distinguer parmi la compétition

Je me suis ensuite intéressé au succès de la marque. Comment fait-on pour devenir une référence dans cette industrie alors que le produit, le chocolat, est commercialisé par plusieurs compétiteurs? M. Auger assure que la qualité du produit d’une recette éprouvée par de nombreuses années est le secret. «Les clients attribuent un goût à la marque et ils savent que notre régularité et notre qualité feront en sorte qu’ils revivront chaque fois cette expérience unique», me déclare-t-il. Du même souffle, il m’explique que ce sont de petits gestes qui aident une entreprise à se démarquer. L’important, c’est de penser en dehors de la boite. « Pour la fondue au chocolat, nous n’avons rien inventé. Elle existe depuis longtemps, mais nous avons offert des saveurs originales et nous avons changé le contenant pour faciliter l’utilisation. Les gens qui en mangeaient une fois au deux ans à l’aide d’un bain-marie et d’une chandelle, en mangent maintenant peut-être deux ou trois fois par année» affirme-t-il.

 

Des fondues au chocolat partout dans le monde

Justement, ces cannes étaient le sujet de ma prochaine question : comment un produit créé au Québec comme la fondue au chocolat en canne peut conquérir le monde? Sans hésiter M. Auger me répond : « Je vais vous répondre avec la question inverse : Pourquoi pas ?» Effectivement, que dire de plus ? Il poursuivit en me faisant remarquer que tout ce qu’il y avait sur mon bureau provenait de l’extérieur et que tous ces produits ne proviennent pas nécessairement de multinationales ! « C’est évident qu’il y a une barrière de la langue pour les entrepreneurs du Québec, mais en général, de ne pas traverser les frontières du Québec est une barrière psychologique qui n’est pas nécessairement réelle. Nous sommes rendus dans un concept d’économie mondiale, si la qualité de notre produit est intéressante ici, pourquoi elle ne serait pas intéressante ailleurs? Il ne faut pas s’arrêter à ce genre de frontière. Notre avantage est que le chocolat est un produit apprécié mondialement et, ici comme ailleurs, nos cannes sont simples à utiliser. Ensuite, il suffit de s’adapter aux réalités culturelles et culinaires locales» m’explique-t-il.

 

Tendances « épicuriennes »

Je voulais aussi aborder un sujet différent qui touche à la continuité et la pérennité de l’entreprise. Nous, Québécois, s’intéressons depuis très peu de temps à la nourriture, au plaisir de manger et à la nouveauté culinaire. Les livres et les émissions de recettes affluent en masse. Il est même tendance de se proclamer «épicurien». Je lui ai donc demandé si cette tendance culinaire n’était qu’une mode et si Chocolats Favoris ne s’inscrivait pas justement dans une mode momentanée et passagère? «Oui, nous sommes dans une économie du plaisir de manger, mais notre entreprise fonctionne et crée des files d’attente à Lévis depuis 36 ans. Est-ce que 36 ans d’existence est une mode, je ne suis pas le meilleur pour juger! Il est vrai que les gens apprennent à bien manger et apprennent à apprécier de bons produits comme le chocolat au même titre que le vin. Quel beau plaisir de se récompenser en s’offrant un bon chocolat», conclu M. Auger.

L’actionnaire de Chocolats Favoris me confit également que les entrepreneurs du Québec devraient croire en leurs moyens et aller au bout de leurs idées. À son avis, le risque est un concept tellement subjectif. Il faut croire en nos capacités et foncer. 

 

Étienne Larivière

 

 

 

 

 

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